“Philo, amour & résilience” un roman photo à découvrir

“Philo, amour & résilience” un roman photo à découvrir


Le Congolais Cyd Lhyther est l’auteur d’un roman-photo racontant une romance entre un Bantou et une Pygmée, un sujet sensible. Il veut ainsi attirer l’attention sur les discriminations subies par les peuples autochtones dans son pays. Courrier international publie ici l’œuvre intégrale.

“C’est un récit réel. Le nom des protagonistes est fictif mais les événements représentés sont issus d’expériences de gens que j’ai rencontrés”, explique Cid Lhyther, auteur du roman-photo Philo, amour & résilience. À commencer par les deux héros de son projet : en cherchant les acteurs qui incarneraient Clément et Philomène, les amoureux bantou et pygmée qu’il avait imaginés et que tout oppose, le photographe a rencontré un couple qui avait vécu un coup de foudre semblable. Leur histoire a aidé à enrichir le scénario, tandis qu’ils rejouaient leur romance devant l’objectif.

Cid Lhyther, photographe congolais autodidacte, avait acheté un appareil en 2017 dans l’ambition de faire de la photo de rue, avant de se rendre compte qu’il s’intéressait à des genres plus narratifs. Il a voyagé dans le nord du Congo à la rencontre du peuple autochtone des Aka, un des six groupes pygmées du pays, en 2018. Il est rentré à Brazzaville avec l’envie de mener un projet documentaire, “pour faire découvrir la richesse de ces cultures marginalisées, souvent mises à l’écart par nous, les Bantous”, majoritaires dans le pays. L’occasion est toute trouvée quand il remporte un concours de scénario de roman-photo organisé par l’Institut français du Congo. Le prix : une bourse pour donner vie au scénario et l’assurance que le roman-photo serait présenté dans le cadre de la première édition de Kokutan’Art, un festival de photographie d’auteur, en avril 2021, à Brazzaville.

Conditions difficiles

Les conditions de la réalisation, à Sibiti, à 200 kilomètres à l’ouest de Brazzaville, sont éprouvantes. Il faut du temps pour gagner la confiance de la jeune Pygmée rencontrée et de sa famille, et la convaincre de jouer le rôle de Philomène. Il n’était pas évident d’“arriver comme ça avec l’appareil photo, de l’emmener [en forêt, sur les lieux du tournage] alors que dans la région il y a eu des cas d’enlèvements, de trafic, de meurtres” de Pygmées, raconte Cid Lhyther. Sans compter que le photographe se blesse au pied, subit des pannes de véhicule au retour comme à l’aller (“comme si le début du roman était en train de se réaliser !” s’exclame-t-il). Mais à force d’adaptation et d’improvisation, il parvient à mettre en images sa vision. “Le point commun entre tous les groupes pygmées, partout dans le pays, ce sont les discriminations, le rejet [dont ils sont victimes], ou des histoires d’amour peu tolérées, détaille-t-il. Par le travail fabuleux de certains Pygmées, la situation commence à s’améliorer un peu, mais les changements sont timides.” Le photographe propose l’art comme moyen de briser la chaîne des “haines héréditaires” : “J’espère que cela inspirera d’autres artistes à parler de ces thèmes, et que la magie de la forêt emportera le lecteur.”

L’œuvre, inédite en son genre dans le pays, a été reçue avec enthousiasme, constate son auteur. “Quand le Kokutan’Art a eu lieu, je revenais de la forêt amaigri, tout blessé, et je ne me suis d’abord pas rendu compte [de cet écho]. Tout le monde me demandait : ‘À quand la suite ?’ Et j’ai pu inviter le couple à Brazzaville : ils ont été accueillis comme de véritables vedettes !”





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