Pourquoi tout le monde aime Dolly Parton

Pourquoi tout le monde aime Dolly Parton



En ce début du XXIe siècle, la star de la country fait l’unanimité auprès des Américains, tous bords politiques confondus. À 75 ans, elle s’impose comme une icône populaire, une sainte laïque que certains croient capable de panser les plaies d’un pays meurtri et plus divisé que jamais.

“J’en ai par-dessus la tête de Dolly, pas vous ?” a déclaré Dolly Parton au New York Times Magazine en 2020. Rares sont ceux qui acquiesceraient. Dolly Parton a si bien relancé sa carrière qu’elle fait aujourd’hui un peu figure de sainte laïque de la country pop.

Que pourrait-on ne pas aimer chez Dolly ?

Elle est une légende vivante qui, à 75 ans, continue de remplir les stades. Elle est la parolière de génie qui a écrit [ses deux grands tubes] Jolene et I Will Always Love You le même jour [en 1973]. Depuis plusieurs décennies, les féministes ont entrepris d’en faire une icône de leur cause. C’est une reine glamour tirée à quatre épingles, une puissante femme d’affaires dont l’empire inclut un parc d’attractions à sa gloire [Dollywood, ouvert en 1986 dans son État natal du Tennessee], une philanthrope qui, à travers son programme de lutte contre l’illettrisme [“Imagination Library”], envoie gratuitement des livres à des millions d’enfants et qui, pour couronner le tableau, a contribué à financer le vaccin Moderna contre le Covid-19 – puis a refusé tout passe-droit pour se faire injecter une première dose avant son tour.

Elle est tellement adulée que la radio [publique new-yorkaise] WNYC lui a consacré toute une série de podcasts pour tenter de comprendre comment une seule et même personne pouvait susciter autant d’engouement dans les États démocrates que dans les États républicains.

Un phénomène récent

L’Amérique n’a pourtant pas toujours voué une telle admiration inconditionnelle à Dolly Parton. Au début de sa carrière, la chanteuse subjuguait essentiellement sa base d’amateurs de country, tandis que le reste du pays la considérait comme un simple décolleté ambulant, voire moins encore. Dans son analyse de la carrière de Dolly Parton publiée en 2000, She Come By It Natural [“Elle est tout ce qu’il y a de plus naturel”, inédit en français], Sarah Smarsh fait remarquer que, durant les années 1970 et 1980, les deux grandes animatrices de talk-show Barbara Walters et Oprah Winfrey lui avaient “demandé de se lever en pleine interview pour pointer du doigt, sans une once d’humour, son allure de traînée”.

Mais ces dernières décennies, tout ce qui définit Dolly est redevenu à la mode. “Si Parton jouit d’une telle cote de popularité, affirmait en 2019 [la critique musicale] Lindsay Zoladz dans le portrait qu’elle lui a consacré dans le New York Times, c’est en partie parce que tous les attributs qui l’exposaient autrefois aux critiques – sa féminité exacerbée jusqu’à l’outrance, son sens des affaires décomplexé qui lui a permis de passer [de la country] à la pop dès la fin des années 1970, et même la désinvolture avec laquelle elle assume ses chirurgies esthétiques – ne sont plus des tabous.”

Une icône féministe

Dolly Parton explique souvent qu’elle a cherché à ressembler à la tapineuse de sa ville natale qui, quand elle était petite, lui paraissait être la plus belle personne qu’elle eût jamais vue ; qu’elle sait qu’elle ne plaît pas aux hommes hétéros et qu’elle s’en contrefiche. “Si j’essayais vraiment d’impressionner les hommes ou d’être parfaitement sexy, je m’habillerais autrement”, a-t-elle confié à Playboy en 1978. Mais à quoi bon ? “Je suis déjà mariée et mon look ne dérange pas mon mari.”

Pendant des décennies, on a entendu dans ce commentaire des connotations douteuses, voire vulgaires. Mais à partir des années 2010, on a davantage voulu y voir un message valorisant, et même féministe : Dolly s’habillerait pour elle-même et non pour le regard masculin. Et sa personnalité serait une ode au côté artificiel de la féminité et du glamour, une pépite d’authenticité dans un univers factice [soit l’incarnation plus vraie que nature du fait que le genre serait une performance, énoncé défendu notamment par la philosophe Judith Butler]. Et cela, c’est on ne peut plus avant-gardiste.

La reine du business et des réseaux sociaux

L’ambition tenace et affichée de Parton, qui pouvait autrefois passer pour du cynisme, est dans la culture actuelle de “réussite à tout prix” une marque d’exigence. Dolly sait ce qui rapporte et flaire les bonnes affaires. En 2004, elle a achevé de propulser sa carrière dans le XXIe siècle en s’alliant les services d’un nouveau manager. Elle n’avait jusqu’alors pas de site Internet, très peu de produits dérivés, et ses tournées n’attiraient que quelques milliers de spectateurs. Elle a embauché Danny Nozell, qui, comme il l’explique volontiers dans les médias, a ciblé une nouvelle génération de fans en associant des tournées taillées sur mesure pour ce public, des campagnes de marketing télévisé et de “grandes opérations de publicité virale”.

Dès 2006, les concerts de Dolly Parton affichaient à nouveau complet. Trois ans plus tard, elle jouait à guichets fermés dans des stades. Et en 2014, elle était tête d’affiche au festival de Glastonbury [dans le Somerset, en Angleterre, l’un des plus prestigieux au monde]. Le public branché était devenu plus réceptif au génie de Dolly Parton, elle était enfin dans l’air du temps.

Sarah Smarsh, qui a grandi dans le Kansas rural – le pays de Dolly – se rappelle avoir été surprise de constater à quel point les élites de la côte Est idolâtraient Dolly Parton. “Je pensais que, dans certaines régions, on ne pouvait aimer Dolly Parton qu’avec une distance ironique”, écrit-elle. Or, Dolly Parton ne laisse place à aucune ironie. Cela fait partie de son charme. Depuis cinq ans, l’Amérique des côtes et celle de l’arrière-pays l’aiment pleinement, passionnément, et sans ironie.

Apparence et faux-semblants

Aimer Dolly Parton, c’est aimer son image, qui est tout à la fois immuable et changeante, outrageusement transparente et opaque. “Il n’y a chez Dolly Parton aucune aura de mystère”, assurait [le critique de cinéma] Roger Ebert en 1980, dans son interview de la chanteuse pour la promotion du film 9 to 5 [Comment se débarrasser de son patron, dans lequel elle jouait et dont elle a écrit la chanson-titre]. “Elle est exactement telle qu’elle paraît.” Pourtant, au fil de la conversation, il a vu se dessiner une autre image de Dolly : elle semblait parfaitement authentique, mais aussi quelque peu irréelle. “Elle parle avec cet accent sudiste mièvre, mais avec une précision et un à-propos impeccables, si bien qu’elle ne se borne pas à répondre à une question, elle présente un personnage, elle est sur scène, poursuivait-il :

Un phénomène fascinant s’est produit parmi les journalistes présents autour de la table. Quelques instants plus tôt, ils lui posaient des questions bateau. Et tout d’un coup, ils se sont laissés embarquer dans son jeu. Ils entraient dans le rythme du spectacle, lui donnant la réplique.”

Parton comprenait si bien le personnage qu’elle incarnait que tout le monde était obligé de suivre sa partition. Que faire d’autre face à Dolly Parton ?

On ne peut pas vraiment dire qu’elle joue “Dolly Parton” comme un rôle. Dolly respire l’authenticité. Mais elle semble être parfaitement consciente que

[…]

Constance Grady

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