L’été oublié du photographe britannique Robert Darch

L’été oublié du photographe britannique Robert Darch



Par la magie de la photographie, le Britannique Robert Darch a recréé les plaisirs dont la maladie l’avait privé quand il était jeune adulte. La série Vale est une déclaration d’amour au Devon, sa patrie de cœur.

En 2013, à 34 ans, Robert Darch a repris le chemin de l’université. Il s’est vite rendu compte que deux envies contradictoires le tiraillaient. Celle d’aller de l’avant et de renouer avec les études de photographie qu’il avait abandonnées une décennie plus tôt ; celle de céder à la nostalgie et d’explorer ce qu’il appelle “ses années perdues” : les quelque dix ans qu’il venait de passer en convalescence après qu’une alerte cardiaque, en 2001, eut provoqué une césure dans sa vie. “J’avais beaucoup d’ambition, j’étais très perfectionniste, et d’une certaine façon, mon corps n’a pas suivi”, explique-t-il aujourd’hui, avec le recul.

Ces deux envies contradictoires ont donné naissance à Vale, une série de photos que le Britannique a autoéditée l’an dernier. Toutes ont été prises entre 2013 et 2015 dans la vallée de l’Exe, dans le Devon, la région du sud-ouest de l’Angleterre où la maladie l’avait poussé à se réfugier, auprès de ses parents retraités. Bien que Robert Darch soit né dans les Midlands, plus au nord, il porte la vallée de l’Exe “dans [son] sang et dans [son] ADN”, dit-il : la famille de son père en est originaire, son patronyme est du coin. Le photographe en apprécie “les paysages tranquilles” à l’intérieur des terres, les bois et les rivières. Ils lui ont prodigué beauté et réconfort quand il en avait besoin.

Les photos ont été prises à la fin du printemps et durant l’été, à l’aube ou au crépuscule, quand les feux moins ardents du soleil nimbent la verdure et les hommes d’une lumière dorée. Les personnes qui apparaissent sur les clichés sont des membres d’un collectif de photographes que Robert Darch animait à l’époque. Il l’avait fondé d’abord pour “transmettre son savoir et ses connaissances”, mais aussi parce qu’il appréciait la compagnie des adolescents, elle lui permettait de “revivre sa jeunesse” par procuration. Les sujets de ses photos fonctionnent comme des projections de lui-même, détaille-t-il : “Ils m’aident à me représenter la personne que j’aurais pu être à 20 ans, si j’avais vécu là, si j’avais pu me baigner dans ces rivières.”

Certaines images distillent un malaise, un mal-être. Mais ces sensations restent sourdes, feutrées, comme tapies à l’arrière-plan. Robert Darch, qui se réfère volontiers à l’adjectif allemand unheimlich, utilisé pour désigner une “inquiétante étrangeté”, reconnaît avoir puisé une partie de son inspiration dans les histoires fantastiques de l’écrivain anglais M. R. James (1862-1936). À leur façon, les paysages de sa jeunesse perdue sont eux aussi hantés par des fantômes.

Aujourd’hui, certains des jeunes amis de Robert Darch ont quitté le Devon pour Londres. Quand ils regardent les photos de Vale, ils ont l’impression de replonger dans un rêve. Pour eux comme pour le photographe, les clichés renvoient à une époque révolue, avant la crise climatique, avant la crise sanitaire. Ils évoquent des jours de bonheur et d’insouciance où il était possible de mener des activités de groupe. Une nostalgie a remplacé l’autre.

Le photographe

Né en 1979 à Birmingham, Robert Darch a grandi à Droitwich Spa, une petite ville des Midlands. Il a étudié la photographie à l’université du pays de Galles puis à celle de Plymouth. Après The Moor (2018), Vale est la deuxième série qu’il consacre aux paysages du Devon, le comté où il vit désormais. Elle a fait l’objet d’une publication en octobre 2020 chez Lido Books, la maison d’édition que Robert Darch a fondée pour l’occasion.

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