J’ai dormi chez Frank Lloyd Wright

J’ai dormi chez Frank Lloyd Wright



En Pennsylvanie, il est possible de visiter plusieurs maisons dessinées par le maître de l’architecture américaine, toutes en jeux de lumière et en espaces décloisonnés. Et même, fait rare, d’y passer la nuit. Récit.

Alors que les États-Unis, sortant de la tourmente politique [provoquée par l’invasion du Capitole de Washington, en janvier, par des partisans de Donald Trump], s’interroge[aient] sur ce qui fait leur essence, je ne cess[ais] de retomber sur ce terme cher à Frank Lloyd Wright, “Usonian”, ou “usonien”.

Le plus célèbre des architectes américains (1867-1959) popularisa cet adjectif pour décrire sa vision de l’essence de l’architecture de son pays. Il s’agissait de nommer quelque chose de spécifique aux États-Unis mais, à la différence de la plupart des particularismes étasuniens, ce quelque chose se signalait par sa modestie, son aspect insolite et son respect du cadre environnant. Chez Wright, pas d’escalier grandiose, pas de colonnes impériales, pas de hauts plafonds et, surtout, pas de boîte.

“Toute ma vie j’ai lutté contre l’attrait fallacieux de la sempiternelle boîte”, résumait Wright en 1952, dans un discours devant de jeunes architectes américains. Par “boîte”, il entendait celle que forment le sol, les murs et le plafond des pièces conventionnelles, et qu’on juxtapose à d’autres pour former une boîte plus grande – la maison. Chez Wright, cette vision allait au-delà du simple goût pour les espaces décloisonnés : la boîte lui paraissait une “caisse de contention carrée… impropre à notre vocation progressiste et démocratique, à rebours de l’individualisme”.

Oasis pour passionnés

Peut-on rêver plus belle escapade, en cette année marquée par le confinement et l’isolement, qu’un séjour dans une maison dessinée par Wright en personne ? Si l’architecte a conçu plus de 1 000 édifices, dont plus de 500 ont été réalisés, il n’en existe aujourd’hui qu’une soixantaine ouverts au public, et à peine une poignée dont on puisse profiter, le temps d’une nuit, rien que pour soi. Parmi ceux-là, il y a Polymath Park, en Pennsylvanie : je me suis rendue dans cette petite oasis pour passionnés d’architecture, qui a surgi dans les forêts du comté de Westmoreland à l’initiative de Tom et Heather Papinchak.

Ce couple n’avait jamais ressenti de vocation particulière pour l’histoire de l’architecture. Quand ce terrain d’un peu plus de 52 hectares a été mis en vente, à côté de leur maison, les Papinchak l’ont acheté dans le seul but d’empêcher des promoteurs de mettre la main dessus. Parmi les sapins du Canada [une essence aussi appelée “pruche du Canada”], s’élevaient déjà deux maisons conçues dans les années 1960 par Peter Berndtson, un disciple de Frank Lloyd Wright. Les Papinchak se sont alors lancés dans le déplacement, brique par brique, de deux constructions usoniennes de Wright datant des années 1950 : la Duncan House, relocalisée depuis l’Illinois et ouverte ici au public en 2007 ; et la Mäntylä House, venue du Minnesota et inaugurée en 2019.

Aujourd’hui, les amateurs peuvent participer à des visites guidées des deux maisons (ce que beaucoup font en même temps qu’un pèlerinage à la Fallingwater House, à une trentaine de kilomètres, qui constitue un

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Katrina Manson

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