L’exode obligé des cinéastes arabes israéliens

L’exode obligé des cinéastes arabes israéliens



En avril, avant que n’éclate un nouveau conflit entre le Hamas et Israël, Ha’Aretz s’était intéressé aux difficultés croissantes que les réalisateurs palestiniens rencontrent pour tourner. L’enquête du quotidien de Tel-Aviv illustre à sa façon les fossés qui se sont creusés entre les communautés.

En janvier 2021, un tribunal israélien a [de nouveau] interdit la diffusion dans le pays du controversé documentaire Jenin, Jenin, qui enquête sur les crimes de guerre que des soldats israéliens auraient commis à Jénine lors de l’opération Rempart [une vaste offensive menée à Gaza et en Cisjordanie en 2002 ; le film, inédit en France, fait l’objet d’une bataille judiciaire depuis sa sortie, la même année]. Le juge a ordonné la confiscation de toutes les copies du film et condamné le réalisateur, Mohammed Bakri, à verser 175 000 shekels [44 000 euros] de dommages et intérêts à un soldat réserviste qui apparaît dans le film et qui a porté plainte. Selon le tribunal, ce que raconte le documentariste israélo-palestinien est faux ­ – et le public israélien doit s’en tenir à une autre version de l’histoire.

Les cinéastes palestiniens y ont vu une nouvelle menace implicite d’Israël : adaptez votre discours à ce que ce pays veut entendre, sinon vos films seront interdits et vous serez condamnés à payer des amendes.

“Clause de loyauté”

Pour la plupart d’entre eux, ce jugement n’est pas une surprise. Pour les réalisateurs arabes qui vivent en Israël, les choses se compliquent à la vitesse grand V. Et de plus en plus d’artistes de renom s’en vont faire leurs films ailleurs. “Il ne reste presque plus personne, lance la scénariste et réalisatrice Suha Arraf :

Tout le monde a mis les voiles. Même ceux qui ont une carte d’identité israélienne renoncent la plupart du temps à demander des financements qui les mettraient dans une situation inextricable.”

Suha Arraf parle en connaissance de cause. En 2014, la terre a tremblé pour la réalisatrice lorsqu’elle a présenté son long-métrage La Belle Promise* comme un film palestinien, alors qu’il avait été produit avec des financements israéliens. Des dirigeants politiques lui ont demandé de rembourser les fonds. Et le ministère de la Culture a infligé une amende à l’Israel Film Fund [le Fonds israélien pour le cinéma, l’équivalent de notre CNC, qui avait cofinancé le film]. Du reste, depuis l’incident, les organismes de financement doivent insérer dans leurs contrats une clause qui oblige les réalisateurs à présenter leurs films comme des œuvres israéliennes. Quant à la Yehoshua Rabinovich Foundation for the Arts [une fondation de Tel-Aviv], elle impose aux artistes qu’elle finance de signer une “clause de loyauté” par laquelle ils s’engagent à ce que leurs films ne dénigrent pas Israël.

Pas de CNC palestinien

Mais les cinéastes palestiniens ne veulent pas présenter leurs films comme des œuvres exclusivement israéliennes. Suha Arraf met en avant le fait que le film est celui du réalisateur, pas du financeur :

Un tableau de Picasso n’est pas censé représenter le pays dans lequel il a été peint. C’est un tableau de Picasso, un point c’est tout.”

“Il n’y a quasiment aucun film produit avec des capitaux palestiniens parce qu’il n’y a pas de fondation palestinienne pour le cinéma, acquiesce le réalisateur Ali Nassar [La Voie lactée]. Donc un film palestinien, c’est une histoire palestinienne sur la culture palestinienne, racontée par un réalisateur palestinien, peu importe

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Nirit Anderman

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Premier journal publié en hébreu sous le mandat britannique, en 1919, “Le Pays” est le journal de référence chez les politiques et les intellectuels israéliens.
Aujourd’hui situé au centre gauche, Ha’Aretz a toujours cultivé une ligne

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