L’odyssée de Naomi Kay, une Sierraléonaise sur la route

L’odyssée de Naomi Kay, une Sierraléonaise sur la route



C’est un portrait plein d’énergie et un travail au long cours. La photographe Suzan Pektas suit la Sierraléonaise Naomi Kay dans ses allers-retours entre son pays natal et Istanbul, où celle-ci vit désormais.

COURRIER INTERNATIONAL : Comment avez-vous rencontré Naomi Kay ?

SUZAN PEKTAS : Je connaissais les communautés africaines d’Istanbul, je les voyais le dimanche dans leurs vêtements les plus chics, en route pour la messe – ainsi que je l’ai compris plus tard. Je cherchais le moyen d’entrer dans cette sous-culture urbaine. Un jour, une de mes proches amies m’a invitée à un concours de beauté organisé par des immigrés africains, dans un club afro d’un faubourg de la ville.

Naomi était l’invitée d’honneur de la soirée, en tant que dernière reine couronnée de ce concours. J’ai été très impressionnée par l’organisation de la cérémonie, le tapis rouge, les poses sous les projecteurs. Comme une illusion paradisiaque. Quelques heures plus tard, j’ai rencontré Naomi, une jeune femme aussi belle que vive, avec qui le courant est tout de suite passé. Cette nuit-là, nous avons eu une longue et fascinante conversation à propos de ses rêves. Elle m’a invitée chez elle et j’ai pris mes premiers clichés d’elle.

Le quotidien stambouliote de Naomi est jalonné d’obstacles…

Si vous regardez bien, vous verrez que l’enjeu sous-jacent de cette série est la question de l’identité : ce que c’est qu’être noire, femme, immigrée… Le mal du pays et les difficultés du quotidien à Istanbul ne font qu’exacerber ce questionnement. La perception des migrantes dans cette ville s’accompagne parfois d’une forte sexualisation. Il est indéniable que les codes sociaux et la religion jouent un rôle majeur. Naomi a été confrontée chaque jour au racisme, sous une forme ou une autre. Elle le dit clairement : “Je voudrais que les gens voient la personne derrière les vêtements parfois flamboyants. Je veux qu’ils ressentent qui je suis réellement quand ils me croisent.”

Au cours de ce projet, nous n’avons pas seulement parlé de ses rêves, mais aussi de ses problèmes, des obstacles auxquels elle est confrontée, des sujets difficiles à vivre au plan des émotions. Je voudrais que ces images soient aussi ses porte-voix.

Qu’avez-vous découvert au contact de Naomi?

Laissez-moi d’abord vous expliquer ce qu’est la photographie pour moi. Prendre des photos est une façon de me rappeler qui je suis, quelle est ma perspective. Elle me permet d’explorer différentes facettes de mon identité, en tant qu’immigrée [venue de Bulgarie], mère, femme et individu. Le sentiment d’appartenance est aussi un sujet sur lequel je travaille depuis longtemps. L’essence de mon travail est d’établir une connexion au plan émotionnel. Je veux que mes images aient de la profondeur, qu’elles aient un effet transformateur sur ma vie. Je me transforme en permanence parce que j’apprends constamment, grâce aux expériences directes que je vis avec mes sujets.

Ce projet est bâti autour des infatigables efforts de Naomi pour tracer sa voie. Plus je découvrais les différentes facettes de sa vie – notamment son engagement en faveur des filles issues de milieux pauvres au Sierra Leone [via son ONG Nakaf Foundation, pour “Naomi Kay Foundation”] –, plus j’appréciais cette femme forte qui répète toujours, sans la moindre hésitation : “Je suis là.”

La photographe : Suzan Pektas

Née en Bulgarie, Suzan Pektas a grandi dans les Balkans et est aujourd’hui installée à Istanbul, en Turquie. Autodidacte, elle est photographe professionnelle depuis quelques années. Ses projets mêlent art visuel et documentaire. Elle s’intéresse particulièrement aux portraits, souvent de femmes, et aux thèmes de la migration et de la ville.





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