Ces amis qu’il nous faut

Ces amis qu’il nous faut



Au menu du quatrième Courrier des idées, notre newsletter mensuelle consacrée aux débats : des réflexions sur l’avenir de l’amitié, une invitation à soustraire au lieu d’ajouter et un point de vue décapant sur la chute de Rome.

Contexte : la diffusion imminente d’un épisode spécial réunissant les acteurs de la série Friends ; un numéro spécial du très chic mensuel T, le supplément “Style” du New York Times ; des essais et des romans : le thème de l’amitié est omniprésent dans la presse anglo-saxonne après des mois de distanciation et de confinements qui en ont redessiné les contours.Résumé du débat : pour certains auteurs, notre espèce est en train de s’adapter à de nouvelles formes de sociabilité ; d’autres s’inquiètent au contraire des effets durables de la pandémie sur notre capacité à nouer des liens. Pourquoi ça compte : au-delà de l’amitié, la pandémie relance les interrogations sur la place du numérique et ses effets pour les individus comme pour les organisations.

Klara est une “AF”, une “artificial friend” (“amie artificielle”). Dans le monde dystopique qui l’a vue naître, cela signifie qu’elle est un robot programmé pour aimer et accompagner l’enfant des personnes qui décideront un jour de l’acheter.

En donnant à lire dans son dernier roman* la “rayonnante vie intérieure” de Klara – comme la décrit le mensuel The Atlantic –, le Prix Nobel de littérature Kazuo Ishiguro semble pousser encore plus loin un questionnement aussi ancien que la philosophie : l’amitié est-elle une affaire de choix ? Ou de fatalité (le fameux “parce que c’était lui, parce que c’était moi” de Montaigne à propos de son grand ami Étienne de La Boétie) ? Et finalement, ajoute le roman d’Ishiguro, est-on bien sûr qu’elle soit même une question d’humanité ?

Programmés pour avoir 150 amis ?

En tant qu’anthropologue et biologiste de l’évolution, Robin Dunbar s’interroge dans des termes un peu différents. Lui qui a fait de l’amitié son sujet depuis une trentaine d’années est bien placé pour l’affirmer : cette forme d’attachement est une condition de notre développement et de notre survie en tant qu’espèce.

Au début des années 1990, cet universitaire britannique (il est aujourd’hui professeur émérite à Oxford) a établi ce qu’il pense être “la taille naturelle d’un groupe d’êtres humains”. Soit, explique The Guardian, le nombre (situé autour de 150) de “relations sociales stables” que notre cerveau serait capable d’entretenir.

De la légion romaine aux cartes de vœux

Reprise par de nombreux chercheurs, cette théorie est passée à la postérité comme “le nombre de Dunbar”. Effectifs des compagnies militaires depuis l’Empire romain, résultat des recensements menés dans des villages au Moyen Âge et même nombre de cartes de vœux envoyées par les Britanniques au début des années 2000 : toutes les données étudiées par cet auteur paraissent converger vers la jauge de 150.

Au-delà, les groupes humains auraient tendance à se scinder ou à se dissoudre. En deçà, un risque pèserait sur la santé des individus.

Amis, amis proches et êtres chers

Il existe bien sûr des degrés d’affinité au sein de cette moyenne de 150 individus (qui peut varier en fonction des types de personnalités, certaines étant introverties, d’autres extraverties).

“Selon cette théorie, le plus petit cercle ne contient que 5 personnes les êtres chers. Viennent ensuite des groupes successifs de 15 personnes (les amis proches), 50 personnes (les amis) et 150 personnes (avec qui l’on entretient de véritables liens)”, explique la BBC dans un article consacré aux travaux de Dunbar.

Telle que la décrit ce dernier dans un essai qui vient paraître au Royaume-Uni (Friends : Understanding the Power of our Most Important Relationships, non traduit en français), l’amitié fonctionne comme une pompe à endorphine.

“Rire, chanter, danser, partager un repas, échanger une accolade ou effleurer le

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Delphine Veaudor





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