Une étude révèle que la santé des générations X et Y se détériore

Une étude révèle que la santé des générations X et Y se détériore


Les auteurs de l’étude, des sociologues de l’Ohio State University, font état d’une tendance « alarmante ». Les individus des générations X et Y vieillissent mal, leur santé mentale et physique, de même que leurs comportements, se détériorent. Si rien n’est entrepris pour ralentir ce déclin, les taux de morbidité et de mortalité vont augmenter rapidement à mesure que ces générations vieilliront.

La génération X désigne les personnes nées entre 1966 et 1976, ou entre 1961 et 1981 selon les définitions (cette nouvelle étude considère l’intervalle 1965-1980). Il s’agit de la génération qui suit celle des baby-boomers (les individus nés après la Seconde Guerre mondiale) et qui précède la génération Y, nommée également « les millennials ». Cette dernière regroupe les individus nés entre le début des années 1980 et la fin des années 1990 — l’étude tient compte des personnes nées entre 1981 et 1999 exactement.

Les résultats de la recherche menée par les sociologues de l’Ohio State University viennent d’être publiés dans l’American Journal of Epidemiology. Il apparaît que cette tendance au déclin de la santé a commencé chez les baby-boomers ; elle s’est ensuite poursuivie au cours de la génération X, puis chez la génération Y, où elle s’est exacerbée. « La détérioration des profils de santé que nous avons constatée dans la génération X et la génération Y est alarmante », a déclaré le chercheur principal et professeur de sociologie, Hui Zheng.

Une santé qui se détériore depuis les baby-boomers

Les générations X et Y, qui regroupent des individus aujourd’hui âgés de 25 à 55 environ, semblent vieillir très mal par rapport à leurs parents et leurs grands-parents lorsqu’ils avaient le même âge. Les auteurs de l’étude craignent désormais d’assister à une expansion massive des taux de morbidité et de mortalité aux États-Unis dans les années à venir. Cette analyse repose sur des données récoltées sur le territoire américain, mais la tendance est susceptible de s’appliquer à toutes les autres sociétés occidentales.

Afin d’étudier comment la santé des individus évolue au fil du temps et des générations, Hui Zheng, assisté de Paola Echave, ont analysé les données de deux grandes enquêtes nationales menées par le National Center for Health Statistics. Ces deux enquêtes de santé, réalisées respectivement de 1988 à 2016 et de 1997 à 2018, ont concerné près de 700 000 personnes.

Pour évaluer la santé physique de ces individus, Zheng et sa collègue se sont basés sur huit marqueurs caractéristiques de ce que l’on appelle le syndrome métabolique — une association d’anomalies liées à un excès de graisse viscérale (excès de sucre, de triglycérides et de mauvais cholestérol dans le sang, pression artérielle élevée, tour de taille élevé, IMC élevé). Ce syndrome peut bien entendu favoriser l’apparition de maladies telles que le diabète, une maladie rénale, un accident vasculaire cérébral (AVC) ou une maladie cardiaque.

Ils ont également surveillé un marqueur d’inflammation chronique (un faible taux d’albumine urinaire), ainsi qu’un marqueur supplémentaire de la fonction rénale, la clairance de la créatinine (qui permet d’évaluer la capacité de filtration rénale). L’analyse de l’ensemble de ces marqueurs a révélé une tendance flagrante vers une détérioration de la santé depuis la génération des baby-boomers à la génération Y. Pour les Blancs, l’augmentation du syndrome métabolique est le principal responsable du déclin ; pour les noirs, c’est l’augmentation de l’inflammation chronique qui est pointée du doigt, notamment chez les hommes.

La santé mentale et les comportements malsains mis en cause

Pour Zheng, ces résultats sont très inquiétants. « Cela suggère que nous pourrions avoir une perspective sanitaire difficile aux États-Unis dans les années à venir », souligne-t-il. Le sociologue précise que son étude ne permettait pas d’expliquer les raisons d’un tel déclin de la santé de manière exhaustive. Néanmoins, elle apporte quelques pistes. Il se trouve que les taux croissants d’obésité ne constituent pas la seule raison qui explique la détérioration de la santé — même si elle contribue à plusieurs facteurs utilisés pour déterminer l’état de santé global. L’obésité peut expliquer l’augmentation du syndrome métabolique, mais pas l’inflammation chronique.

En revanche, les chercheurs soulignent que la santé mentale joue un rôle majeur dans le déclin observé. Les résultats ont en effet montré que les niveaux d’anxiété et de dépression ont largement augmenté pour chaque génération de Blancs, des baby-boomers à la génération Y (et le contexte pandémique actuel ne va certainement pas arranger les choses…). Bien que les niveaux de ces deux indicateurs de santé mentale — anxiété et dépression — aient augmenté pour les noirs chez les premiers baby-boomers, le taux est généralement resté stable depuis lors.

Parallèlement, l’augmentation de comportements malsains (consommation d’alcool et de drogues) a elle aussi contribué à détériorer la santé des individus. La consommation excessive d’alcool a continuellement augmenté d’une génération à l’autre, pour les Blancs, comme pour les noirs ; les derniers de la génération X (nés entre 1973 et 1980) sont les plus concernés par le phénomène. De même, la probabilité de consommer des drogues illicites a culminé chez les baby-boomers (nés en 1956-64), a diminué par la suite, puis a augmenté à nouveau pour la dernière génération X. Les auteurs précisent qu’elle n’a cessé d’augmenter depuis les premiers baby-boomers chez les Hispaniques.

Enfin, les résultats suggèrent que le tabagisme a continuellement augmenté d’une génération à l’autre, pour tous les groupes d’individus. Un résultat relativement surprenant sachant que d’autres recherches ont révélé une baisse de la consommation de cigarettes depuis les années 1970. « Une possibilité est que les personnes des générations plus âgées arrêtent de fumer en plus grand nombre, tandis que les jeunes générations sont plus susceptibles de commencer à fumer », explique Zheng. Le sociologue ajoute que d’autres recherches doivent toutefois être réalisées pour confirmer cette hypothèse.

Zheng considère ces résultats comme un avertissement. Parce que les individus des générations X et Y sont encore jeunes, leurs problèmes de santé sont peut-être sous-estimés. Or, les États-Unis ont déjà connu des diminutions récentes de l’espérance de vie et des augmentations de l’invalidité et de la morbidité. « Sans interventions politiques efficaces, ces tendances inquiétantes ne seront pas temporaires, mais une bataille que nous devrons continuer à mener », estime le chercheur.

Source : American Journal of Epidemiology, H. Zheng et P. Echave



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