un rapport accuse l’industrie militaire de fournir des armements alimentant la guerre au Yémen

un rapport accuse l’industrie militaire de fournir des armements alimentant la guerre au Yémen


(Agence Ecofin) – Depuis fin 2014, le Yémen est déchiré par une guerre civile qui a déjà fait plus de 230 000 morts et déclenché la pire crise humanitaire en cours dans le monde. Plusieurs pays sont accusés de fournir des armes aux belligérants sans se soucier des conséquences humanitaires de leurs utilisations.

Des armes sud-africaines ont-elles été utilisées dans la guerre civile à caractère régional qui déchire le Yémen ? A en croire l’organisation sud-africaine Open Secrets, la réponse à cette question serait oui.

Dans un rapport intitulé « Profiting from Misery – South Africa’s war crimes in Yemen » publié ce mercredi 3 mars 2021, l’organisation accuse les entreprises sud-africaines d’armement d’avoir vendu des armes et munitions à différents pays participants au conflit qui se déroule dans ce pays de la péninsule arabique. Le document révèle que depuis 2015, quelques mois après que la guerre civile a éclaté au Yémen, les entreprises d’armement sud-africaines ont exporté des armes pour une valeur de 2,81 milliards de rands (190 millions $) vers l’Arabie saoudite, et de 4,74 milliards de rands (316 millions $) vers les Emirats arabes unis (EAU), deux pays directement impliqués dans la crise.

« Ces exportations comprennent des mortiers et des obus de mortier, des canons et des obus d’artillerie, des munitions, des véhicules de combat blindés et des logiciels pour divers types de guerre électronique. Une grande partie de ce matériel a probablement été utilisée dans le cadre de l’offensive saoudienne et émiratie au Yémen, avec des conséquences dévastatrices pour la population civile », lit-on dans le rapport obtenu par l’Agence Ecofin.

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Plus précisément, l’étude met en cause l’entreprise Rheinmetall Denel Munitions (RDM), co-détenue par une firme allemande et l’Etat sud-africain dont les munitions auraient été utilisées dans une attaque contre la ville portuaire stratégique de Hodeidah au Yémen en 2020, entraînant une détérioration de la situation humanitaire déjà catastrophique dans le pays.

« Il est clair que les armes produites en Afrique du Sud, probablement par RDM et d’autres entreprises, sont en train de se répandre au Yémen et sont utilisées par de nombreuses parties prenantes au conflit », indique le rapport.

Crise humanitaire vs emplois et bénéfice commercial

La crise humanitaire au Yémen, déclenchée par la guerre civile est l’une des pires au monde. Selon l’ONU, le conflit a tué plus de 230 000 personnes alors que 20 millions de Yéménites dépendent aujourd’hui de l’aide humanitaire (actuellement très insuffisante) pour survivre. La guerre par procuration que s’y font plusieurs pays comme l’Arabie saoudite, les EAU, l’Iran et les USA a grandement envenimé le conflit, qui continue de faire les affaires des entreprises d’armements, malgré les dénonciations des organisations de défense des droits de l’homme.

« Ce rapport montre que RDM et d’autres entreprises sud-africaines ont régulièrement fourni des armes à l’Arabie saoudite et aux Emirats arabes unis avant et depuis le début de la guerre civile au Yémen. Cela est confirmé par les rapports du Comité national de contrôle des armes conventionnelles (NCACC) ainsi que par les propres déclarations des entreprises sur le fait que ces pays constituent un marché important et lucratif. RDM a même créé une usine de munitions en Arabie saoudite qui produit, entre autres, des munitions pour mortiers. Les preuves de violations des droits de l’homme au Yémen par ces pays, longuement évoquées dans ce rapport, sont suffisantes pour montrer que les exportations d’armes en provenance d’Afrique du Sud auraient dû être interdites par le NCACC », affirme l’étude.

Néanmoins à fin 2019, les autorités sud-africaines avaient décidé de suspendre leurs exportations d’armes vers Abu Dhabi et Riyad, après que ces pays ont refusé de se plier à certaines mesures de vérification de conformité imposées par Pretoria. Ces mesures engagent les clients étrangers de l’Afrique du Sud dans le secteur de l’armement à ne pas transférer d’armes à des tiers et à permettre aux autorités sud-africaines d’inspecter leurs installations. Une mesure considérée par ces pays comme une violation de leur souveraineté.

Les syndicats sud-africains s’étaient insurgés contre cette suspension, indiquant qu’elle pourrait entraîner la perte de jusqu’à 4 milliards $ de futurs contrats et la suppression de 9000 emplois, dans un pays où le taux de chômage est actuellement à plus de 30%.

Moutiou Adjibi Nourou

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