Zéphirin Diabré, à la recherche du mandat perdu

Zéphirin Diabré, à la recherche du mandat perdu


(Agence Ecofin) – 2015 aurait dû être son année. En effet, quelques mois avant le scrutin présidentiel, Zéphirin Diabré, devenu chef de l’opposition, avait mené dans la rue la révolte contre Blaise Compaoré. Lorsque ce dernier quitte le pouvoir, on le pense naturellement promis à ce cacique du compaorisme qui s’est imposé à la tête de l’opposition burkinabè.

5 années plus tard, Zéphirin Diabré ne comprend toujours pas comment il a pu perdre face à Roch Marc Christian Kaboré. On a bien l’impression que, le 22 novembre prochain, c’est en fait l’échec du précédent scrutin qu’essaie de laver celui qui défie le président sortant.

Au Burkina Faso, Zéphirin Diabré, le candidat de l’opposition, a la dent dure contre le bilan des 5 années du mandat de Roch Marc Christian Kaboré. Pour le candidat déçu, durant les cinq dernières années, le « Pays des hommes intègres » n’a justement pas fait honneur à son nom. « Ce régime est né d’une insurrection, et cette insurrection a eu lieu parce qu’on dénonçait la mauvaise gouvernance. Donc ça fend le cœur des Burkinabè que ce même régime n’accorde pas une grande attention à la lutte contre la corruption et qu’au contraire, il soit un agent de la corruption », a déclaré Zéphirin Diabré.

« Ce régime est né d’une insurrection, et cette insurrection a eu lieu parce qu’on dénonçait la mauvaise gouvernance. Donc ça fend le cœur des Burkinabè que ce même régime n’accorde pas une grande attention à la lutte contre la corruption et qu’au contraire, il soit un agent de la corruption ».

Exit la bonhomie de 2015. Pour s’assurer la victoire, le 22 novembre prochain, celui qu’on surnomme le lion du Boulgou montre les crocs. Un peu comme pour signifier qu’on ne le reprendra plus à perdre, alors que tout semblait le mener au palais du Kosyam, la résidence des présidents burkinabè. Evidemment, les cicatrices de 2015 sont encore là… Pour le meilleur ou pour le pire ?

Ancien cacique du compaorisme

En observant le farouche opposant de Blaise Compaoré qu’est devenu Zéphirin Diabré, on en oublierait presque qu’il doit pratiquement tout, sur le plan politique, à l’ancien président burkinabé.

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Des envies d’engagement politique depuis ses plus jeunes années.

Pourtant, l’économiste affichait déjà des envies d’engagement politique depuis ses plus jeunes années. Né le 26 août 1959 à Ouagadougou, Zéphirin Diabré est originaire du village de Foungou. Après avoir obtenu un baccalauréat scientifique, en 1978, il décide de rallier la France pour poursuivre ses études. Il s’inscrit à l’université de Bordeaux où il décroche, en 1987, un doctorat en sciences de gestion.

C’est pendant ce cursus que les premières velléités d’engagement politique du jeune burkinabè font surface. Avec quelques camarades, il forme le comité anti-Apartheid de Bordeaux qui a lancé des campagnes pour la libération de Nelson Mandela et prôné le boycott des produits sud-africains.

Avec quelques camarades, il forme le comité anti-Apartheid de Bordeaux qui a lancé des campagnes pour la libération de Nelson Mandela et prôné le boycott des produits sud-africains.

Il rentre au Burkina Faso, après l’obtention de son doctorat et enseigne l’économie à l’université de Ouagadougou en tant que professeur assistant. Assez rapidement, il se fait un nom grâce à la qualité de ses cours. Pourtant, en 1989, il décide de quitter l’enseignement pour devenir directeur des relations humaines de la société burkinabè de brasseries (Sobbra) appartenant au groupe français Castel. Finalement, ne pouvant plus ignorer les sirènes de la politique, il adhère au mouvement politique du président Blaise Compaoré, l’ODP/MT (Organisation pour la démocratie populaire/Mouvement du travail). En 1992, il est élu député. Visiblement apprécié par le président, Zéphirin Diabré est nommé, un mois après son élection, ministre du Commerce, de l’Industrie et des Mines.

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« Maintenant, ça passe ou ça casse.»

Il quittera ce portefeuille en 1994 pour prendre le contrôle du ministère de l’Economie et des Finances jusqu’en 1996. Il dirige ensuite le conseil économique et social jusqu’en 1997.

Visiblement apprécié par le président, Zéphirin Diabré est nommé, un mois après son élection, ministre du Commerce, de l’Industrie et des Mines.

A ce moment, des divergences avec des cadres du parti le poussent à s’expatrier. Il travaille d’abord comme enseignant-chercheur auprès de l’économiste Jeffrey Sachs à l’université d’Harvard. Grâce au soutien du président, il devient, en 1999, numéro 2 du Programme des Nations unies pour le développement (Pnud). En février 2006, Zéphirin Diabré rejoint le spécialiste français du nucléaire Areva, dont il prend la direction des opérations en Afrique et au Moyen-Orient. En 2011, il quitte le groupe pour devenir consultant international dans le domaine du financement minier.

Retour en politique, insurrection contre Blaise Compaoré et défaite surprise

Zéphirin Diabré rentre alors au Burkina Faso où il crée, toujours en 2011, l’Union pour le progrès et le changement (UPC), un parti néolibéral avec lequel il obtient 19 sièges de députés lors des élections législatives organisées en décembre 2012. Les relations de Zéphirin Diabré et du président Blaise Compaoré se dégradent. Le premier, devenu chef de file de l’opposition, conteste le projet du second visant à modifier les clauses limitatives du nombre de mandats présidentiels. En 2013, sous sa direction, l’opposition organise des manifestations de grande envergure pour demander que le projet du président soit abandonné. Mais, une fois que ce dernier semble faiblir sur ce point, c’est son départ que demande l’opposition dirigée par Zéphirin Diabré.

« Maintenant, ça passe ou ça casse », c’est par ces mots passés depuis à la postérité qu’il harangue les militants de l’opposition, à la place de la Nation, pour les convaincre de chasser le président en place.

« Maintenant, ça passe ou ça casse », c’est par ces mots passés depuis à la postérité qu’il harangue les militants de l’opposition, à la place de la Nation, pour les convaincre de chasser le président en place.

Blaise Compaoré finira par quitter le pouvoir le 31 octobre 2014. Après la période de transition, Zéphirin Diabré se présente à l’élection présidentielle du 29 novembre 2015. Auréolé de son statut de meneur de la révolution, il pense pouvoir gagner sans coup férir.

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« Désormais, on ne veut plus entendre dire, au Burkina Faso, que c’est impossible »

Pourtant, il arrive deuxième, avec 29,65 % des suffrages, derrière Roch Marc Christian Kaboré, un autre cacique du compaorisme. Malgré les 33 députés remportés lors des législatives, la pilule ne passe pas. Malgré tout, Zéphirin Diabré prend son mal en patience et retourne à son rôle de chef de l’opposition.

Durant les 5 années qui suivent, il renoue ses liens avec certains proches de l’ancien président Blaise Compaoré, dont les soutiens ont été déterminants en 2015.  « Le conflit autour de l’ancien article 37 de la Constitution fait désormais partie du passé. Des partis de l’ancien régime siègent aujourd’hui avec l’UPC au sein de l’opposition ». En 2020, le lion du Boulgou se sent plus confiant. « Nous avons eu une alternance en 2015, mais elle n’a pas apporté de réel changement. Ce thème reste donc d’actualité, même si de nouveaux défis sont apparus : celui de la sécurité, du vivre-ensemble, etc. Aujourd’hui, je suis le seul candidat à pouvoir rassembler tous les bords politiques. Avec moi, la réconciliation est possible », assure-t-il.

« Aujourd’hui, je suis le seul candidat à pouvoir rassembler tous les bords politiques. Avec moi, la réconciliation est possible », assure-t-il.

Alors que les élections se rapprochent, Zéphirin Diabré lève de plus en plus le voile sur ses plans pour le Burkina Faso. Le dialogue avec les terroristes pour apaiser le climat sécuritaire, la construction d’un canal jusqu’à la mer, sont certaines de ses mesures les plus critiquées. Accusé de vouloir attirer les électeurs grâce à des projets irréalisables, Zéphirin Diabré se défend. « Faites plutôt un stage au canal de Suez. Désormais, on ne veut plus entendre dire, au Burkina Faso, que c’est impossible ». Si certains en doutent, lui semble plutôt convaincu de pouvoir sauver son pays. Seulement, le peuple partage-t-il la même opinion ?

Servan Ahougnon

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