Culture

Pour Disney, l’été de tous les dangers


En cet été 2020, le géant américain du divertissement affronte une série de défis existentiels. La réouverture partielle de ses parcs, la reprise annoncée du sport et quelques pépites diffusées sur Disney+ ne suffiront pas à le tirer d’affaire.

Disney, emblème s’il en est du divertissement à l’américaine, règne sur la fête nationale du 4 juillet. En 2019, les studios ont été à l’origine de trois des cinq longs-métrages en tête du box-office à cette période – dont les derniers Spiderman et Toy Story. Disney a aussi dominé l’audimat sur les chaînes câblées grâce à des matchs de tennis et au concours du plus gros mangeur de hot-dogs. Les foules ont afflué au Disneyland de Californie pour découvrir le nouvel univers appelé “Star Wars : Galaxy’s Edge” [“aux confins de la galaxie”]. Et le lendemain du pont du 4 juillet, 6 millions d’Américains ont regardé à la télé une compétition de base-ball.

Des résultats effroyables

Le 4 juillet 2020, rien d’équivalent [n’a eu lieu], si ce n’est une version plus modeste du concours de hot-dogs. La mise en ligne, le 3 juillet, d’une version filmée de Hamilton [un énorme succès de Broadway] sur Disney+ a offert au géant une lueur d’espoir – et il en a bien besoin. Nombreux sont les abonnés du service de streaming qui ont regardé la comédie musicale sur la naissance tumultueuse des États-Unis, puis qui se sont précipités sur les réseaux sociaux pour en discuter. Mais la ferveur que suscite ce spectacle cache un ensemble de difficultés plus graves et plus complexes. L’incertitude du Covid-19 et les soulèvements sociaux aux États-Unis poussent Disney dans une course effrénée afin d’engranger des revenus et de rester dans l’air du temps.

Les résultats de Disney au troisième trimestre de son exercice financier [d’avril à juin] s’annoncent effroyables. Les chiffres attendus sont à des années-lumière des 20,3 milliards de dollars enregistrés en 2019. Mais certains s’interrogent aussi sur l’opportunité de transformations plus profondes, dont les effets dépasseraient un mauvais trimestre de résultats. Un modèle qui repose sur le fait de rassembler des personnes [dans des salles de cinéma ou dans des parcs à thème] et sur une utopie inoffensive, détachée de toute identité raciale, peut-il survivre à une période prolongée d’isolement et de colère sociale ?

Chercher de nouveaux principes directeurs

“Disney doit se rendre indispensable, doit donner au public une image très différente de celle qui existe depuis toujours, analyse Carmen Higginbotham, professeure à l’université de Virginie et spécialiste de Disney et de la culture populaire. Ce qui était valable avant – rassembler beaucoup de gens au même endroit, miser sur l’Amérique moyenne sans jamais prendre position – ne le sera plus ces douze prochains mois, voire pendant beaucoup plus longtemps.” Neuf autres spécialistes du divertissement interrogés par le Washington Post ont des avis comparables, qu’ils soient cadres dirigeants à Hollywood ou analystes à Wall Street. Disney, affirment-ils franchement si ce n’est publiquement, ne peut pas se contenter de penser à la relance de ses parcs et tournages : la multinationale doit réfléchir à de nouveaux principes directeurs.

Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, Disney est une valeur sûre du divertissement et un univers où se réfugier. Après la guerre du Vietnam, les anciens combattants allaient dans les parcs d’attractions pour retrouver le goût de vivre. Cette tendance s’est encore intensifiée à notre époque, où Hollywood mise tout sur les franchises et les marques. La quasi-intégralité du divertissement américain est aux mains de productions Disney : la nouveauté Pixar à l’automne, le voyage à Disneyland en hiver, le blockbuster Marvel au printemps et le base-ball sur la chaîne sportive ESPN en été.

Les rendez-vous estivaux manquent à l’appel

Les consommateurs américains vont ressentir un grand vide alors qu’une grande partie de leurs rendez-vous estivaux va manquer à l’appel, après avoir subi un vide comparable tout au long du printemps. Josh Spiegel, auteur qui écrit sur Disney, compare

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Steven Zeitchik

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En bref

COLIN KAEPERNICK, NOUVELLE RECRUE

Colin Kaepernick, le 8 août 2013. PHOTO REUTERS/Stephen Lam
Colin Kaepernick, le 8 août 2013. PHOTO REUTERS/Stephen Lam

Ces dernières années, consigne avait été donnée à ESPN de se concentrer sur ce qui se passait sur le terrain, uniquement sur le terrain. Début juillet, l’annonce que la chaîne sportive du groupe Disney avait passé contrat avec Colin Kaepernick a donc créé la surprise. En 2016, ce quarterback avait été le premier athlète à s’agenouiller durant l’hymne américain pour dénoncer les violences policières et le racisme, ce qui lui avait valu d’être exclu de la Ligue du football américain (NFL). Dorénavant, ESPN et d’autres plateformes de Disney (Hulu, Pixar, le site The Undefeated) auront la priorité sur les contenus développés par Ra Vision Media, la société de production du joueur. Ceux-ci porteront “sur les questions de race et d’injustice sociale”, écrit le Los Angeles Times. Ils seront aussi portés par des producteurs et des réalisateurs issus des minorités. Le premier projet concerné sera une série documentaire sur la carrière sportive de Colin Kaepernick et son parcours de militant. Pour coproduire cette série, le jeune retraité de 32 ans a fait appel à la journaliste noire Jemele Hill, qui avait été sanctionnée par ESPN en 2018 après avoir entre autres qualifié Donald Trump de “suprémaciste blanc” sur Twitter. Signe que Colin Kaepernick est une valeur que l’on s’arrache : Netflix a également annoncé une série sur l’adolescence du joueur, réalisée par l’Africaine-Américaine Ava DuVernay.

Source

Le grand quotidien de la capitale américaine et l’un des titres les plus influents de la presse mondiale. Traditionnellement au centre droit, The Washington Post doit sa réputation à son légendaire travail d’enquête dans l’affaire du

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