«Une vraie Constitution est l’émanation de la volonté populaire et non l’œuvre d’un comité technique» |

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Hakim Belahcel. Membre de l’instance présidentielle du FFS

«Une vraie Constitution est l’émanation de la volonté populaire et non l’œuvre d’un comité technique»

22 juillet 2020 à 10 h 06 min

Hakim Belahcel, qui a conduit la liste gagnante pour l’élection de l’instance présidentielle du FFS, aborde avec son franc-parler la grave crise qui secoue le parti depuis quelques années. Il évoque également les circonstances de l’organisation du congrès national extraordinaire, qui est un prélude pour la tenue du 6e congrès ordinaire. Sur le plan politique, le FFS, dit-il, se bat pacifiquement et politiquement afin de faire accéder le peuple algérien à son autodétermination et l’avènement d’une IIe République.

– L’élection d’une nouvelle instance présidentielle et d’un nouveau premier secrétaire constituera-t-elle un début de solution à la grave crise qui secoue le FFS depuis pratiquement le dernier congrès du parti, tenu en mai 2013 ?

Notre parti a sombré dans une crise inédite et profonde, particulièrement depuis le décès de notre président, feu Hocine Aït Ahmed.

La place qu’il a occupée dans le parti et dans la conscience collective et individuelle des militants n’a pas pu être comblée par d’autres cadres du parti.

Pourtant, le principe même de l’élection d’une instance présidentielle en mai 2013 escomptait anticiper sur ce cas de figure  et cela en  adoptant une direction collégiale qui devait préparer une transition vers un 6e congrès national ordinaire dans de meilleures dispositions.

Malheureusement, la disparition subite et tragique de notre président a engendré par la suite une grave crise de direction et une absence criante d’autorité conjuguée au non-respect des décisions prises par les directions successives.

Ce climat délétère a induit surtout une multitude de groupes opposés qui se disputaient la reconnaissance des militants du FFS et de l’opinion publique en général ainsi que ses locaux, à l’instar du siège national du parti.

Cette crise épouvantable qui a malmené nos militants et qui a altéré l’image de marque du FFS n’a pas laissé de marbre les bonnes volontés au sein du parti. D’ailleurs, le dernier congrès national extraordinaire a été la consécration d’un travail de titans et de plusieurs réunions de concertation et d’échanges responsables au sein du parti. C’est dans cette ambiance faite de consensus et de compromis que la liste victorieuse fut élaborée.

Au même titre d’ailleurs que les sept engagements mis en évidence par notre liste. Aujourd’hui, la nomination du camarade Youcef  Aouchiche au poste de premier secrétaire national du FFS se veut être d’abord  un message d’espoir aux jeunes Algériens qui luttent pacifiquement pour instaurer un Etat de droit, démocratique et social en Algérie.

A travers cette désignation, l’instance présidentielle du parti aspire aussi à insuffler une nouvelle dynamique au sein du parti afin de mettre en œuvre les engagements énoncés à l’occasion de notre dernier congrès national extraordinaire.

Les chantiers sont énormes et les militants, à l’instar de la majorité du peuple algérien  souhaitent revoir le FFS reprendre sa place de cheville ouvrière du combat démocratique pour l’avènement d’une IIe République en mettant un terme définitif à cette crise interne qui a longtemps paralysé notre apport dans le destin politique de la nation.

Nous avons fortement confiance en lui pour mener à bien ces missions à la faveur de ce nouvel élan de rassemblement et de communion qui s’est installé dans les rangs du parti.

– Pourtant, il y a des cadres et militants du parti qui ne reconnaissent toujours pas le congrès extraordinaire de vendredi dernier, ni ses résolutions consistant en l’élection de la nouvelle instance collégiale. Ces militants occupent le siège du parti ! Comment comptez-vous faire pour les amener à changer d’avis ?

  Les assises du dernier congrès national extraordinaire se sont déroulées dans le strict respect des dispositions statutaires du parti. Il est toujours utile de rappeler que cet événement qui est éminemment organique a été convoqué suite à la dissolution de l’ancienne instance présidentielle du FFS.

Le congrès est donc souverain et  il a été couronné par l’élection d’une nouvelle instance présidentielle qui jouit d’un consensus fort au sein du parti, d’une manière légale, transparente et démocratique.

Néanmoins, dans le cadre de la mise en œuvre de la feuille de route organique que nous avions tracée en perspective de l’organisation du 6e congrès national ordinaire, nous allons redoubler d’efforts afin de transcender les divergences et jeter les bases d’un vrai débat au sein de nos structures et notamment dans notre conseil national.

Le FFS gagnera à opter pour le rassemblement de toutes ses énergies et en bannissant les vieux réflexes faits d’exclusion et de marginalisation. Nous sommes  résolument obstinés à aller de l’avant et régler tous les problèmes existants. Il y va de la crédibilité du FFS et de la nécessité de le mettre à l’abri de tous les périls qui hypothèquent son existence.           

– Youcef Aouchiche fait-il consensus au sein du FFS, lui qui était proche de l’ancienne équipe ?

Le camarade Youcef Aouchiche est un jeune cadre du FFS qui a déjà fait ses preuves en exerçant de grandes responsabilités dans des postes stratégiques au sein du parti.

Son engagement permanent au sein du FFS a été ensuite récompensé par son élection d’une manière remarquable à la tête de l’APW de Tizi Ouzou.

Nous sommes donc convaincus qu’il a les compétences et la volonté nécessaires pour donner un prolongement à cette nouvelle dynamique d’union et de rassemblement engendrée par le dernier congrès national extraordinaire.

Nous allons conjuguer nos efforts pour relever l’incontournable défi de réhabiliter le politique, le débat contradictoire et l’autorité au sein du parti. Les objectifs sont nombreux et nous devons être unis pour les atteindre.          

– L’instance présidentielle remettra au centre de ses actions les résolutions du 5e congrès qui s’imposent à tous, selon vous, et ce, jusqu’au 6e congrès ordinaire. L’on comprend que vous remettez sur le tapis le projet de reconstruction du consensus national…

  Il faut d’abord signaler que le FFS n’a jamais renoncé à l’objectif de reconstruire un consensus politique national pour résorber la crise multiforme qui ronge notre pays depuis des décennies.

Nous avions toujours revendiqué l’instauration d’un véritable dialogue transparent, inclusif et sincère afin de trouver des issues consensuelles et construire ainsi un compromis historique pour répondre aux aspirations légitimes du peuple algérien qui se bat pacifiquement pour son autodétermination.

Sur le plan interne, nous sommes dans l’obligation de mettre en œuvre les résolutions de notre 5e congrès national ordinaire.

C’est une exigence  statutaire et un engagement éthique et politique envers les militants du parti et l’ensemble du peuple algérien. Le 6e congrès national ordinaire constituera une occasion idoine pour faire le bilan de nos actions politiques et mettre l’accent sur nos erreurs d’approche et d’appréciation en toute objectivité.

Mais surtout, il représentera une opportunité historique pour adopter un programme global du parti qui s’appuiera évidemment sur les valeurs fondamentales héritées de plus de 57 ans de combat permanant pour l’édification d’un Etat de droit dans le pays et imprimera un prolongement politique aux aspirations légitimes du peuple algérien. 

– Mais ce projet de consensus national n’a jamais abouti. Il a connu un échec dès lors qu’il s’est heurté à plusieurs obstacles. Est-ce le moment de le remettre sur les rails, et comment allez-vous procéder ?

 Cette question fera l’objet d’un débat franc, profond et décisif au sein du parti et particulièrement au sein de notre conseil national qui se tiendra très prochainement.

Ce qui est certain, les débats qui auront lieu d’une manière respectueuse et apaisée aboutiront éventuellement à une nouvelle approche qui nous permettra de réaliser ce consensus national tout en prenant en considération le contexte politique national actuel.

Le conseil national  du parti est souverain et nous ferons en sorte de réhabiliter les débats contradictoires en son sein pour l’intérêt suprême du parti et de la patrie.          

– Le FFS, miné par les guerres internes,  s’était scindé en deux clans et le projet de reconstruction du consensus national a été abandonné au profit  du Pacte de l’alternative démocratique (PAD). Le clan d’Ali Laskri s’est investi dans le PAD… Le FFS quittera-t-il  le PAD ? Comment allez-vous agir ?

  Le FFS est un parti autonome. Il n’est donc pas étrange de le voir traversé par des remous souvent fomentés de l’extérieur afin de lui faire payer cher son indiscutable attachement à ses valeurs et à ses principes fondateurs.

La grave crise qui a ébranlé notre parti nous a empêchés d’élargir le débat au sein de nos structures pour arrêter une démarche commune et collégiale sur beaucoup de questions qui sont restées en suspens.

La prochaine session extraordinaire de notre conseil national ouvrira l’opportunité d’évoquer,  comme je l’ai mentionné plus haut, la  question de la reconstruction du consensus national et abordera d’une manière lucide et posée toutes les autres initiatives.            

– Après l’élection du nouveau premier secrétaire, quelles seront les prochaines étapes inscrites à l’ordre du jour, notamment sur le plan organique ?

Sur le plan organique, la feuille de route est très claire. Conformément à nos engagements lors du dernier congrès national extraordinaire, nous allons nous atteler en étroite collaboration avec le nouveau premier secrétaire national et son staff et sous le contrôle de notre conseil national à élaborer un programme de restructuration de nos fédérations et sections de base afin d’élire d’une manière libre et démocratique de nouveaux responsables. Evidemment, cette étape sera précédée par l’ouverture de notre parti aux nouvelles adhésions.

Ce processus aboutira  à la convocation, au bout d’une année au maximum, du 6e congrès national ordinaire avec une composante inclusive et représentative.

Ce rendez-vous tant attendu marquera ainsi la fin d’une longue étape de transition et abordera dans de meilleures conditions un avenir prometteur pour notre parti et à toutes celles et tous ceux qui sont nombreux à compter sur le FFS pour jouer un rôle majeur et constructif sur l’échiquier politique national.     

– Sur le plan politique, quels sont vos objectifs et quelle est votre position par rapport au hirak ?

Depuis  sa  fondation, le FFS  se bat pacifiquement et politiquement afin de faire accéder le peuple algérien à son autodétermination et l’avènement d’une IIe République.

Le FFS est un parti  responsable et patriote. Il continuera à lutter aux côtés du peuple algérien pour l’édification d’un Etat de droit, démocratique et social et à la promotion du citoyen algérien au firmament  de toutes les légitimités.

Le FFS restera aussi  un parti de dialogue et d’initiatives politiques de sortie de crise, jaloux de son autonomie de décision et fer de lance du combat pour  instaurer le changement tant espéré par plusieurs générations de militants.

La même revendication légitime  qui a été adoptée par cette nouvelle et merveilleuse  génération  de militantes et militants qui a subjugué le monde entier par son pacifisme et sa maturité  politique.   

– Des activistes, des militants du hirak et des journalistes sont interpellés quotidiennement… Ne craignez-vous pas pour la liberté d’expression ?

Depuis l’amorce de la révolution populaire du 22 Février 2019, le FFS a toujours dénoncé l’instrumentalisation des leviers sécuritaire et judiciaire par le pouvoir en place afin de réinstaller un climat de peur et de renonciation dans le pays.

Nous étions toujours les premiers à fustiger toutes les formes de répression et d’entraves  utilisées par les tenants du pouvoir, notamment l’interdiction de manifester et la multiplication des arrestations  parmi les activistes, les militants et les journalistes.

Aujourd’hui, nous continuons à revendiquer la libération de tous les détenus politiques et d’opinion, la libération des champs politique et médiatique et le respect des libertés collectives et individuelles. Sans ces préalables, aucune initiative politique de sortie de crise ne pourra aboutir.

– Que pensez-vous du contenu du projet de révision de la Constitution ?

Le FFS considère que la vraie Constitution devra être l’émanation de la volonté populaire et non pas l’œuvre d’un comité technique. La position du FFS à ce sujet ne souffre aucune ambiguïté. Nous sommes toujours pour l’élection d’une Assemblée constituante souveraine qui élaborera la première Constitution algérienne d’une manière libre et démocratique. Le combat continue !



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