Culture

Peut-on séparer J.K. Rowling de son œuvre ?



Une romancière habituée aux polémiques

Déjà critiquée par le passé pour des prises de position jugées transphobes, J. K. Rowling a provoqué une tempête sur Twitter en réagissant, au début de juin, à une tribune publiée sur la plateforme Devex (un média consacré à l’humanitaire) et intitulée “Créer un monde post-Covid-19 plus juste pour les personnes qui ont leurs règles”. Un titre auquel J. K Rowling a réagi en écrivant : “Je suis sûre qu’il y avait un terme pour ces personnes, jadis. Rafraîchissez-moi la mémoire. ‘Fomme’ ? ‘Febmi’ ? ‘Femla’ ?” Ce commentaire et le texte qu’elle a ensuite publié sur son blog pour se justifier ont entraîné de très nombreuses réactions, pour ou contre J. K. Rowling. Dans la foulée, plusieurs acteurs des films Harry Potter ont pris leurs distances avec l’auteure, et certains employés de son éditeur Hachette ont exprimé leur réticence à travailler sur son nouveau roman, qui doit paraître en librairie à l’automne.

Le 5 juillet, c’est à nouveau sur Twitter que la polémique a rebondi. En cause, un tweet dans lequel J. K. Rowling compare les traitements hormonaux suivis par des personnes transsexuelles aux thérapies de conversion dont sont encore victimes de nombreux homosexuels à travers le monde : “Je pense, a-t-elle écrit à propos de la prise d’hormones, que nous assistons à l’apparition d’un nouveau type de thérapie de conversion pour jeunes homosexuels, qui vont ainsi se retrouver enfermés dans une médicalisation à vie, avec pour résultat une perte de leur fertilité ou de leur fonction sexuelle.”

Sans trancher le débat sur le caractère transphobe ou non de ses tweets, la correspondante du Guardian en Écosse (où a longtemps vécu J. K. Rowling) soulignait en juin l’inquiétude partagée par des organisations qui luttent contre les discriminations touchant les personnes transgenres : “Certains craignent que si une femme aussi influente et populaire que Rowling prend parti sur une question controversée, le citoyen lambda […] ne commence à remettre en cause les droits fondamentaux [des transgenres].”

Une victime de la “cancel culture”?

Au cœur de nombreux débats sur la liberté d’expression dans le monde anglo-saxon, la notion de “cancel culture” (que l’on pourrait traduire par “culture de la mise à l’index”) reste “définie de façon vague”, remarquait il y a quelques mois The New York Times, qui décrivait ainsi le phénomène : “Il s’agit essentiellement d’un comportement répandu sur Internet, qui consiste à dénoncer les propos ou les écrits de quelqu’un. Cette personne est ensuite condamnée dans une flopée de posts sur les réseaux sociaux. On dit souvent que de telles personnes ont été ‘effacées’ ou ‘gommées’, ce qui revient à dire que beaucoup d’autres (y compris peut-être leurs employeurs) en ont assez d’elles, ne veulent plus avoir affaire à elles.”

Nombre de soutiens de J. K. Rowling estiment que l’auteure est victime de ce phénomène. Alex Massie, journaliste au sein de l’hebdomadaire britannique The Spectator, dénonce ainsi un climat malsain qui empêcherait tout débat sur la question des identités sexuelles et de genre : “Par les temps qui courent, une simple divergence de vues paraît intolérable, ceux qui défendent des opinions jugées fausses doivent être châtiés, mis à l’index, mourir sur le bûcher”, écrivait-il en juin dans les pages de ce magazine de référence des intellectuels conservateurs.

Sans citer explicitement le terme “cancel culture”, ni faire référence aux débats sur le genre, 153 artistes et intellectuels ont signé le 7 juillet dans le prestigieux mensuel américain Harper’s une tribune dénonçant “l’intolérance envers les points de vue opposés, la tendance à désigner des gens à la vindicte publique, la propension à passer certaines questions politiques complexes à la moulinette de certitudes morales qui relèvent de l’aveuglement”. J. K. Rowling, de même que les romanciers Margaret AtwoodSalman Rushdie et Kamel Daoud, ou encore le célèbre intellectuel américain de gauche Noam Chomsky, figurent parmi les signataires de cette lettre ouverte qui provoque de nombreux débats dans le monde anglo-saxon





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