D’une crise à l’autre, la marche sans fin des Vénézuéliens

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Nicolò Filippo Rosso a longuement photographié, côté colombien, les Vénézuéliens fuyant la pauvreté et l’instabilité dans leur pays. Des migrants dont la crise du coronavirus bouleverse aujourd’hui à nouveau la situation.

 Carte réalisée par Aurélie Boissière pour "Courrier international".
Carte réalisée par Aurélie Boissière pour “Courrier international”.

En Colombie, on les appelle les “caminantes” : des millions de “marcheurs”, femmes, hommes et enfants, jetés sur les routes par le désastre économique qui ravage le Venezuela, alimenté par la crise politique qui sévit dans le pays depuis la réélection contestée de Nicolás Maduro, en mai 2018. D’après le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (UNHCR), ils étaient environ 4,5 millions à avoir ainsi quitté le Venezuela à la date d’octobre 2019, dont “1,6 million se trouvait en Colombie”, rapporte Nicolò Filippo Rosso.

Ces migrants, le photographe italien est d’abord allé les rencontrer à Cúcuta, la ville colombienne qui concentrait jusqu’à récemment les plus importants flux de migrants à la frontière. “C’est là que tous les journalistes vont. J’ai fait comme eux pour répondre à des commandes de publications, mais j’ai rapidement eu envie de me lancer dans un projet de plus long terme”, explique le photographe qui s’est installé en Colombie il y a cinq ans.

À l’automne 2018, Nicolò Filippo Rosso décide de prendre la route avec un groupe de Vénézuéliens qu’il accompagne à travers les Andes jusqu’à Bogotá, la capitale colombienne. Suivront des séjours dans le département de La Guajira, dans l’extrême nord du pays. Dans cette zone aride et pauvre, il est témoin “d’une conjonction d’effondrements” – des migrants totalement démunis se retrouvant à errer dans “une région désertique où on manque aussi de tout”.

“Les personnes que vous voyez sur ces photos ne sont pas toujours celles avec lesquelles j’ai passé le plus de temps”, remarque Nicolò Filippo Rosso. Avec cette série – qui a reçu le troisième prix du World Press Photo dans la catégorie Questions d’aujourd’hui (Contemporary issues) – le photographe dit avoir cherché “à ressentir plus qu’à décrire”. Un regard, un mouvement, une main peuvent l’arrêter et nous happer à notre tour, à travers ces images saisies dans un magnifique noir et blanc.

Le choix de se passer de la couleur a plusieurs explications : techniques, d’abord, puisque les photos ont été prises au fil des saisons, dans différentes régions de Colombie où la lumière varie. “Le noir et blanc m’a aidé à construire l’unité visuelle de la série”, explique son auteur. Mais surtout, il permet à l’œil de “s’abstraire des détails et de faire que chaque situation individuelle parle de la condition humaine”. Ainsi, cette petite fille photographiée en train de faire la manche à un carrefour de Bogotá. Avec sa robe de princesse, elle ressemble “à une star de cinéma égarée dans la réalité, un concentré de beauté au milieu de la laideur du monde”.

Empêché de se rendre à la frontière à cause de la crise du Covid-19, Nicolò Filippo Rosso dit son intention d’y retourner au plus vite, alors que des milliers de Vénézuéliens ont repris la route en sens inverse : “Le gouvernement colombien a même affrété des cars pour en reconduire certains”, rapporte le journaliste, qui échange régulièrement avec ses contacts sur place. “Avec une économie à l’arrêt, les migrants ne peuvent même plus espérer trouver de petits boulots pour survivre. Sans moyens de subsistance, beaucoup préfèrent repartir dans leur pays. C’est un nouvel épisode de l’histoire tragique de ces gens qui n’en finissent pas de devoir marcher. Il sera essentiel de documenter ce que la crise du Covid-19 change à leur situation.”

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