Culture

Critique de 13 Reasons Why (Série, 2017)


CRITIQUE / AVIS SÉRIE – “13 Reasons Why” se permet un dernier tour de piste sur Netflix avec une quatrième saison en guise de bouquet final. Lancée le 5 juin dernier par la plateforme, la série sur et pour les adolescents termine-t-elle sur une bonne note ?

Attachante et maladroite. 13 Reasons Why avait laissé cette impression lors de sa première saison. Le phénomène a immédiatement pris de l’ampleur, pour la gravité des sujets évoqués dedans. Sa beauté fragile a cédé dès la seconde saison, puis la troisième. Et si 13 Reasons Why avait mieux fait de ne jamais s’étendre par-delà le cas Hannah Baker ? La série ne semble pouvoir continuer à justifier son existence que par sa portée pédagogique affichée en grand sur la devanture. On a toujours du mal à adresser des critiques à ceux qui veulent bien faire mais il faut reconnaître que le programme Netflix se perdait dans les méandres de son propre foisonnement thématique à chaque nouveau pas. La sincérité fondamentale de 13 Reasons Why rebondissait sur une exécution chancelante. Et toute cette maladresse ressortait jusque dans le comportement des personnages, responsables de choix contestables, qu’ils soient catégorisés comme bons ou mauvais – ces cases ne veulent plus dire grand chose désormais.

Une saison 4 pour rattraper les erreurs

13 Reasons Why nous a laissés sur une situation sujette à d’houleux débats. L’accusation de Monty et sa mort en prison ont fait pencher la série du mauvais côté. Les saisons 2 et 3 marchaient sur une ligne dangereuse, la loi du Talion étant fâcheusement appliquée à l’encontre de toute logique éducative. La punition de Monty a en effet posé un vrai problème déontologique, surtout pour une série qui rabâche à chaque fin d’épisode qu’elle veut aider ceux dans le besoin. Cette dernière salve d’épisodes vient dans un premier temps (mais pas jusqu’au bout, on y reviendra plus tard) régler le problème moral posé dans la précédente en ne laissant pas les responsables de la mort de Monty vivre en toute impunité. En particulier Clay, pourtant défini depuis le début comme le “héros” – quand bien même cette notion est floue dans ce contexte.

C’est comme si 13 Reasons Why se rattrapait aux branches pour boucler la boucle en opérant un considérable retour de bâton qui remet les pendules à l’heure. Dans la mesure du possible et sous certaines conditions. Car Clay a le droit de continuer à vivre avec quelques tourments psychologiques (anxiété, dépression) et il profite d’un vecteur de communication privilégié avec le téléspectateur grâce à la voix-off. Un traitement de faveur que n’a pas eu quelqu’un comme Monty dans le passé, un antagoniste sans droit à la parole alors que les situations, toujours très complexes, méritaient un éclairage nuancé en profondeur. Non pas pour le disculper ou l’excuser – heureusement – mais par souci d’équité. Cette saison s’efforce d’essayer de rattraper les erreurs du passé et on découvre un Monty plus sensible, sous la forme d’un fantôme. Une magnifique scène dans l’épisode 9 lui offre une porte de sortie plus élégante, sans que la série ne passe l’éponge sur son comportement. Rien que pour ça, la saison 4 a le mérite d’exister.

Mais ça ne vaut pas pour tout ce qu’elle raconte, la rigueur n’étant toujours pas son point fort. On a le loisir de s’en rendre compte souvent tant les sujets évoqués sont multiples. Et finalement, 13 Reasons Why ne raconte rien de bien neuf, si ce n’est pour réparer les pots cassés. On sent la redite par rapport aux trois précédentes saisons, avec un ton un peu plus désespéré. Ces adolescents ont été essorés pendant tout ce temps et ils peuvent enfin avoir le droit au repos. Même si le dernier épisode va leur réserver des émotions vives, à eux comme aux fans.

13 Reasons Why souffle le chaud et le froid

À force de parler de tout, 13 Reasons Why tombe forcément quelques fois dans le mille. On pense à la relation entre Tony et un flic de garde au lycée, qui ne cesse d’essayer de le coincer sans raison valable autre qu’une arrière-pensée raciste (le garçon a des origines mexicaines). Lors d’une palpation, il lui demande d’ailleurs s’il ferait pareil avec un élève blanc, phrase qui fait écho soudainement à l’actualité sociale et politique des USA. Plus tard, après une émeute, Jessica pointera du doigt un problème similaire auprès du proviseur. 13 Reasons Why a identifié bon nombre de problèmes récurrents dans le paysage américain et se dresse pour les mettre en évidence, qui plus est sur la plateforme de SVOD la plus populaire. Au-delà de ce regard sur l’actualité, il est toujours question de reconstruction post-viol, d’addiction, de sexualité, d’harcèlement et de tout ce qui peut concerner l’adolescence.

C’est honorable mais guère suffisant, parce que les bonnes intentions ne peuvent faire oublier un traitement qui souffre d’un manque de consistance à répétition. On pense à l’épisode 9 toujours, où l’homosexualité est traitée sous un jour positif, avec plusieurs parents qui acceptent la situation de leur enfant et même des adultes qui se révèlent. C’en est presque trop. 13 Reasons Why va avec tous les couples homosexuels dans le même sens, sans y ajouter des nuances, des reliefs, des différences de traitement. Aussi salutaire que ce soit d’embrasser cette cause moderne, on ressent une absence d’épaisseur dans le discours, tous les oeufs étant mis dans le même panier. Dans son dernier acte, la série retombe même dans ses dangereux travers en laissant impunis aux yeux de la Loi les personnages principaux (le shérif range délibérément au placard le dossier Bryce). Une morale toujours aussi douteuse, proférée sous l’autel du sentimentalisme des adieux, avec en prime une mort marquante pour détourner l’attention.

À l’heure de faire le bilan, difficile de recommander 13 Reasons Why, à cause de ses approximations ou de ses ratés. On aurait aimé vanter davantage les moments où elle a capté avec justesse et sensibilité les tourments de l’adolescence – le long épisode final (1h38) renferme des phases très touchantes. On reprendra les mots de Justin adressés à Clay, dans l’une dernières scènes, pour qualifier 13 Reasons Why : une série “éparpillée“. Qui aurait, comme dans son dernier plan, mieux fait de parfois moins parler pour être plus juste.

13 Reasons Why, une série créée par Brian Yorkey. La saison 4 est diffusée sur Netflix depuis le 5 juin 2020. Ci-dessus la bande-annonce. Retrouvez ici toutes nos bandes-annonces.





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