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Les syndicats refusent les réductions de salaires |

Air Algérie en grandes difficultés

Les syndicats refusent les réductions de salaires

18 mai 2020 à 10 h 06 min

Lors d’une réunion tenue le 7 mai dernier avec les syndicats, la direction a fait un exposé de la situation financière actuelle. Elle veut accréditer la thèse selon laquelle il n’y a pas d’autre solution que la baisse des salaires. Dans ce contexte, le Syndicat des pilotes d’Air Algérie a rejeté cette solution proposée par la direction générale de la compagnie.

Air Algérie traverse une forte zone de turbulences et semble être au bord du gouffre. Fortement secouée par la pandémie du coronavirus (Covid-19) qui a impacté l’ensemble du transport aérien dans le monde et après 2 mois d’arrêt d’activité (avions cloués au sol), la compagnie nationale fait face à beaucoup de dépenses et de charges, notamment dans la maintenance des appareils.

Lors d’une réunion tenue le 7 mai dernier avec les syndicats, la direction a fait un exposé de la situation financière actuelle. Elle veut accréditer la thèse selon laquelle il n’y a pas d’autre solution que la baisse des salaires.

Une option qui ne fait pas l’unanimité. Dans ce contexte, le Syndicat des pilotes d’Air Algérie, affilié à l’UGTA, a rejeté, vendredi dernier, cette solution proposée par la direction générale de la compagnie aérienne et qui consiste à réduire les salaires des employées de 50% dans le cadre du plan de restructuration de l’entreprise. «La direction générale d’Air Algérie a organisé le 14/05/2020 une réunion secrète avec quelques partenaires sociaux, déclenchée par téléphone et sans invitation officielle», est-t-il mis en exergue dans un communiqué du syndicat, signé par F. Dabbagh, SG UGTA/PNT.

Ce document mentionne : «Essentiellement, la direction générale n’a trouvé de solutions que de réduire de 50% les salaires des reliquats de congés (congés refusés pendant des années à cause de la tension de travail), bafouant ainsi l’annonce, mercredi, du porte-parole de la présidence de la République qui rassure les travailleurs de ne pas toucher aux salaires».

Ce syndicat durcit le ton et prend une position radicale : «Nous refusons cette proposition et maintenons notre position, à savoir ne pas négocier une réduction de salaires sous aucune forme».

L’argumentaire est le suivant : «Nos salaires ne sont pas fixes comme ceux des autres compagnies et sont majoritairement tributaires des heures de vol réalisées. De ce fait, le protocole salarial dont nous sommes signataires a déjà pris en compte le cas de baisse d’activité, qui se répercute systématiquement par une diminution conséquente du salaire».

«Il est évident que toute négociation concernant le salaire n’est qu’une provocation ayant pour but de semer la confusion et détourner l’attention sur les vrais chantiers à entamer», poursuit le syndicat, qui estime que «de vraies solutions managériales existent afin de sauver notre chère compagnie autres que la réduction des salaires».

Selon la même source, «pendant cette conjoncture spéciale de pandémie, le mois sacré de Ramadhan et l’approche de l’Aïd, nos responsables inquiètent les travailleurs et créent la panique en ne trouvant comme solution que de toucher à leurs poches», conclut le communiqué.

Ce même syndicat avait répondu au document proposé par la direction sur les actions que compte engager cette dernière en affirmant que «la majorité des actions que vous projetez compromettent les acquis sociaux des travailleurs d’Air Algérie cumulés pendant des années (convention collective, transport, restauration, salaire) alors que le président de la République s’est engagé à préserver les acquis sociaux (lettre aux travailleurs à l’occasion du 1er mai)».

La restructuration reléguée au second plan

Il relève que «la restructuration de l’entreprise est portée au second plan et n’est citée que dans les sixième et septième points sur les onze points de réflexion». Il constate que «le moment est aussi très mal choisi pour entamer des rapports de force et embraser le front social».

Le Syndicat national des techniciens de la maintenance avion (SNTMA) d’Air Algérie a refusé de son côté de négocier avec la direction générale sur la base uniquement des salaires des travailleurs.

«Nous sommes conscients que le coronavirus frappe de plein fouet les compagnies aériennes et Air Algérie n’est pas épargnée, l’impact est là, il faut l’admettre, et nous savons tous que si l’Etat ne prend pas les choses en main les choses vont se compliquer de plus en plus sachant que cette crise va encore perdurer et son impact ne s’amortira que d’ici trois ou quatre ans minimum», estime le SNTMA.

«Il faut agir bien et vite pour sauver ce qui reste à sauver», estime le même syndicat dans un document remis également aux autorités publiques de l’Etat algérien.

Pour la direction générale, la nécessité de s’atteler aux réformes structurelles pour la pérennité de l’entreprise est d’autant plus urgente que la pandémie de Covid-19 «a démontré la vulnérabilité du transport aérien dont l’impact et les conséquences demeureront au moins pour les deux années à venir». Le transport aérien ne devrait pas retrouver son niveau de trafic d’avant-crise avant 2023, avec d’abord un redémarrage sur les liaisons intérieures cet été, suivi par une reprise beaucoup plus lente du trafic international, estime l’Association internationale du transport aérien (IATA).

Il faut signaler que le plan de restructuration de la compagnie a été un dossier épineux traité par les nombreux PDG qui se sont succédé à ce poste de responsabilité, convaincus qu’Air Algérie n’avait d’autre choix que de se conformer aux standards internationaux pour espérer faire face à la concurrence féroce des compagnies internationales, mais sans que des décisions concrètes et courageuses soient prises. La restructuration a toujours été renvoyée aux calendes grecques…

Bakhouche Allèche, PDG d’Air Algérie, avait avoué à l’APS en octobre 2019 que la compagnie souffrait d’un sureffectif depuis plusieurs années, il a expliqué qu’il s’agissait d’un «héritage propre à la compagnie, mais également et surtout du mode de gestion sociale de l’ensemble du secteur public économique en vigueur depuis des lustres.

C’est donc une réalité qui ne peut être ignorée ou balayée d’un revers de la main». Cependant, selon lui, la compagnie travaille sur «la réduction des effectifs non essentiels ou plutôt le non-remplacement de certains départs en retraite».

Air Algérie doit revoir en urgence son mode de gestion mais la décision finale revient à l’Etat, propriétaire à 100% de la compagnie aérienne. Une décision certes économique, mais de portée éminemment politique. La compagnie aérienne, réputée jusque-là pour son manque de communication et l’opacité de son fonctionnement, doit se réinventer pour ne pas compromettre son avenir.



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