Culture

Le rap français, bande originale d’une crise identitaire



Au fil des années, le rap, genre musical intrinsèquement lié à la politique en France, est devenu le reflet d’une fracture sociale, retrace le Guardian. Aujourd’hui, autant que la gastronomie, il fait partie de la culture dans l’Hexagone.

En 2019, le premier album de Dave, Psychodrama, qui a remporté le prix Mercury, a été l’album de rap le plus vendu au Royaume-Uni, certifié disque d’or avec plus de 100 000 exemplaires vendus. En France, il n’aurait même pas fait partie du top 10 des albums de rap de l’année dernière, les rappeurs de Paris et sa banlieue vendent plus d’albums que toutes les autres villes réunies. Mais, alors que Dave a remporté l’album de l’année aux Brit Awards [l’équivalent des Victoires] en 2020, et s’est produit dans une émission télévisée sur une chaîne nationale où il a même traité le Premier ministre de raciste, en France, lors des Victoires de la musique, aucun rappeur français issu des minorités visibles n’a été nominé dans la catégorie “meilleur album”, “meilleur artiste” ou “chanson de l’année”.

Quelques jours après la cérémonie, le Snep, syndicat national de l’édition phonographique [la principale organisation patronale regroupant producteurs, éditeurs et distributeurs de musique enregistrée, selon son site], qui gère, entre autres, la réalisation des classements des meilleures ventes et des écoutes en streaming a déclaré dans son rapport sur le marché de la musique en 2019 que le répertoire rap bénéficiait d’un “phénomène de surexposition”. Pour cette organisation patronale, “la consommation intensive de ces répertoires par le jeune public ne doit pas faire perdre de vue la diversité des genres musicaux produits et appréciés en France”.

Dénoncer le racisme et la brutalité policière

Le rap français est devenu l’expression musicale d’une crise identitaire et ses détracteurs le considèrent comme une menace pour la culture française dans un pays marqué par d’âpres clivages raciaux. Pourtant, après trente ans de combat pour asseoir sa légitimité en France, de nombreux artistes ont baissé les bras. Personne n’a été scandalisé que le rap ait été le grand perdant des dernières Victoires.

Pour [ce style musical], qui est passé de la sous-culture périphérique à la culture populaire, tout a commencé pendant l’âge d’or du hip-hop américain des années 1990. Inspiré par l’engagement politique de Public Enemy, le rap français s’est forgé une réputation grâce à une critique sociale véhémente, dénonçant le racisme et la brutalité policière. Le succès commercial de groupes comme Suprême NTM et IAM a fait de la France le plus grand marché du hip-hop après les États-Unis, ce qu’elle est toujours à ce jour.

Alors que le rap américain devenait une ode à la société de consommation, le rap français a continué à refléter la fracture sociale à l’œuvre dans les banlieues, où les immigrés français avaient été progressivement relégués. Jusqu’aux années 1950, la France était majoritairement blanche. L’augmentation du nombre d’immigrés en provenance des anciennes colonies du pays tout au long des années 1960 et 1970 s’est accompagnée d’une période de grands bouleversements économiques intensifiés par le krach pétrolier. Comme les gouvernements successifs n’ont pas réussi à réduire le chômage,

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Michael Oliver

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L’indépendance et la qualité caractérisent ce titre né en 1821, qui abrite certains des chroniqueurs les plus respectés du pays. The Guardian est le journal de référence de l’intelligentsia, des enseignants et des syndicalistes. Orienté au

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